"Les pas d'Odette" de Patrick da Silva

Samedi, mamie aurait eu quatre vingt dix huit ans.

***

Il y a quelques jours, j'ai lu "Les pas d'Odette", que Patrick da Silva a écrit pour les quatre vingt huit ans d'Odette - sa mère - à l'automne deux mille dix sept.
Un court texte de soixante-quatre pages,  imprimé en caractères Minion pour raconter la vie d'Odette, grand-mère et arrière-grand-mère. A chaque chapitre, la métaphore des pas. Un angle original, imagé et parlant pour raconter la vie de celle qui avait quatorze ans à la fin de la guerre, celle qui marche à pas "menus, désormais, mais pour autant jamais comptés".

Les prothèses aux genoux, les semis, le tricot, la Lune, l'avion qu'elle n'a jamais pris de sa vie, les voyages par procuration qu'elle fait avec les cartes postales du bout du monde qu'elle reçoit de sa famille, une enfance à la campagne, entre vaches et labourages, le départ de la maison en charrette à quatorze ans pour aller travailler, les bals de village, la vie paroissiale et domestique : les lessives, le travail, les enfants, puis la vie qui passe, la famille qui s'agrandit, les petits-enfants, les arrières-petits-enfants. Il est un chemin qu'elle a bien le temps d'emprunter, celui des cieux car "ça ne serait pas bien chrétien, pour ces pauvres bambins, de priver les derniers de leur arrière-mémé."

D'une écriture pleine de poésie, l'auteur narre la vie d'Odette avec beaucoup de justesse et de tendresse. Car je sais que c'est juste ce qu'il raconte, j'en ai connu une d'Odette.
Je crois que ces mots auraient pu être posés sur un grand nombre de femmes nées au début du siècle dernier, ce sont les mères des enfants des années cinquante, les grands-mère des enfants des années soixante-dix, quatre vingt, les arrières grands-mère des enfants des années deux mille.
Je suis née en quatre vingt huit, la Odette de Patrick da Silva, c'était ma grand-mère.
J'ai lu avec beaucoup de bonheur le rythme particulier des mots que l'auteur a posé sur ceux de sa mère. A savourer le temps d'une sieste d'été!

"Pas besoin de tricher, elle l'a fait son tour de la terre, fastoche, rien qu'avec ses souliers, à pas menus, à grandes enjambées, un tour du monde, peut-être deux.
Et pourquoi, à la queue leu leu, toutes ses savates en file indienne, les kilomètres à pied qui les ont usés, ça nous ferait pas, des fois, une route bien droite de la terre à la lune?"




Commentaires

Articles les plus consultés