Chroniques d'un premier janvier


C'est un matin ensoleillé après des jours et des jours de grisaille qui plomberait le moral de la plus insensible des femmes aux caprices de la météo. On n'oserait y croire à travers les lourds rideaux et pourtant tout s'éclaire. Le soleil du premier janvier, le renouveau, la lumière. Vite, passer le maillot qui sèche encore de la baignade de la veille, endosser le peignoir encore presque humide, descendre à la piscine pieds nus car les chaussons de coton n'ont pas survécu à une seule après-midi de détente. Et goûter au plaisir inouï et plein de gratitude de la baignade en extérieur, seuls, aux premières heures de la nouvelle année.

La ville est vidée de son effervescence. Elle est endormie, lente, grise à peine éclairée par quelques chalets de Noël mal accordés, quelques uns ouverts, d'autres fermés. Les rideaux des adresses préférées sont tirés, il serait simple de trouver une place où stationner mais je préfère prendre de la hauteur et ne pas mélanger mon spleen de la fin de ces jours entre parenthèse à l'engourdissement nécessaire et mérité de cette ville chérie. Du Mémorial, je me tournerai vers les montagnes, vers saint-Nabor, la carrière, le Mont Sainte Odile, je me ferai la réflexion que nous ne sommes toujours pas montés à Grendelbruch, nous ferons des projets pour le weekend prochain et laisserons notre esprit voguer dans la brume qui recouvre les montagnes. Où peut-être était-ce un rideau de pluie ?

Y a-t-il un train qui part pour Paris toutes les heures ou est-ce moi qui arrive toujours à ce moment là? Si il y a bien un endroit où la vie bat sans cesse, indépendamment des heures, des jours, du calendrier, c'est ici. Toujours le même tableau; une file d'attente qui ne désemplit pas chez Paul, des têtes levées vers le panneau d'affichage, des voyageurs qui tracent en faisant glisser sur le carrelage leur valise à roulettes. Ils ressemblent à ceux qui étaient là hier et ne diffèrent pas beaucoup de ceux qui seront là demain. Et dans cette foule, quelques personnes qui ne lèveront pas le nez vers le tableau des départs et qui iront les mains dans les poches sans sacs ni bagages; des passeurs, pas des voyageurs.

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